LES POTAGERS NATURES

Les textes ici ne sont pas tous de première fraîcheur... les idées abordées peuvent parfois sembler répétitives, et maladroitement exprimées. Mais l'archivage permet d'y jeter un autre regard au fil des expériences.

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[janvier 2006]

Le terme Les Potagers Natures est tombé de la bouche d'un ami un aprés-midi perdu d'été en 99, je crois. Il est tombé et je l'ai ramassé car j'étais à côté de lui. A sa gauche plus exactement.
Nous étions tous les deux assis devant son ordi, pour mettre en place une compilation CDr de nos formations bancales et sans avenir. C'étaient des compilations aux pochettes toutes différentes, faites main, et avec des petits textes poétiques et naïfs de présentation au dos.
Les Potagers Natures est un nom sans signification directe qui englobe des sorties de disque svynils depuis 2000, des "organisations" de concerts depuis 2001 (il y a eu des projections vidéos pendant deux ans), et c'est tout en gros... et un site qui tente d'archiver le tout. C'est une fausse organisation qui marche (bénévolement) de manière catastrophique sans régularité productive, ni structure stable. Nous avons presque une trentaine de disques à notre modeste catalogue, mais se sont souvent des productions collectives avec Galerie Pâche, Goulita, Sans Un, Super Poulex... d'où une évidente facilité de faire croire à un dynamisme à outrance sans faire grand-chose. C'est un projet artisanal, non associatif, modeste et simple. Les Potagers NAtures est le nom qui rassemble nos projects musicaux et autres. Avant tout, notre démarche est en priorité ludique et musicale dans une optique de jouissance et de plaisir collectif. Notre démarche se veut positive aussi, me semble-t-il. Elle évolue, (normalement), dans un but de construction honnête et fidèle dans les rapports humains : en tout cas espérons-le. Les disques potagers sont avant tout un archivage sonore d'une musique marginale et brute, non professionnelle...

Nous avons édité une trentaine de disques depuis 2000. Le nombre d'exemplaires varie de quelques centaines, à presque mille parfois. Ils sont vendus de la main à la main, à l'occasion des concerts qu'on organise ou des tournées qu'on fait... on peut aussi les trouver en dépôt dans quelques magasins sympas ou dans les cartons de quelques colporteurs ambulants ("distros"). Le fait de les vendre un peu au-dessus du prix de revient nous permet de réinvestir à chaque fois pour le disque suivant, et aussi d'en offrir plein.
En général, c'est sous la forme de vynil qu'on aime fabriquer les disques. Le disque compact est un standard très efficace pou rle monde du commerce, mais au pouvoir esthétique douteux. Et en plus il vieilli assez mal : le plaisir de trouver dans une brocante une vieille pochette de 33 tours avec la magnifique photo en noir et blanc de l'Art Ensemble of Chicago sera-t-il le même que celui de tomber dans 40 ans sur un CD pourri en plastique à la jaquette ondulée où l'on devine à peine le cadavre de Naked City ?
La musique sur ces disques n'obéit à aucun style. Elle est jouée dasn un cadre amateur par des gens qu'on connaît, on peut même dire essentiellement par des amies. Elle n'en est pas moins représentative de nos préoccupations artistiques du moment, de ce qu'on subit au quotidien, mais aussi de ce qu'on en fait. Bref, c'est aussi un regard.

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[2004]

Vers la fin des années 90, yann c’était mis à réunir régulièrement pleins de petits enregistrements LoFi sur des CDr qu’il distribuait de la main à la main, surtout à des amis. Il avait appelé ça les potagers natures, chacun faisait sa propre pochette, c’étaient des enregistrements de répètes, de concerts, de bruits divers, de toutes ces petites formations qui avaient poussées un peu partout à Bordeaux.
Depuis 1995 on jouait ensemble dans Api uiz, souvent au bar-rock le Jimmy, à l’arrache, pour donner des coups de main de dernière minute en remplaçant des groupes qui venaient pas. Ce n’est qu’en 2000 que nous nous sommes décidés à faire un enregistrement. On s’est donc retrouvé avec cet enregistrement, bancal, à peine mixé et pas masterisé, avec l’envie d’en faire « un vrai disque » sur un petit label, comme la plupart des groupes que nous connaissions à l’époque. Dans cette optique j’étais passé, un peu naïf, chez le label étiqueté « indé » du coin, à savoir Vicious Circle, pour proposer l’enregistrement. Quand j’ai vu les bureaux, les mecs qui bossaient, les réponses vagues et molles, ça m’a déprimé. On a vite compris que c’était pas pour nous, et qu’il vaudrait mieux tout faire soi-même. Donc on s’est renseignés, et pour la première fois on a fait fabriquer nos propres disques en République Tchèque. Et puis on s’est dit que ça serait bien de mettre comme un nom de label, une estampille, et le nom de potagers natures est tout de suite venu. Forts de la découverte qu’avec un minimum de moyens on peut assumer une activité de manière complètement autonome, plusieurs éditions ont suivis assez rapidement, surtout les disques réunissant un ensemble éclectique de musique jouée à droite à gauche, dans le même esprit que les CDr auparavant. C’est surtout à yann que ça tenait à cœur de sortir tout ça. Chaque participant contribuait à la fabrication du disque, dont le coût était partagé par tous. Vendus à prix coûtant, chacun se remboursait en les vendant lui-même de la main à la main.


Fin 2001 le Jimmy ferme ses portes après la mort du gérant, privant Bordeaux d’une salle mythique qu’égrenaient les groupes les plus improbables venus de toutes parts. Petit à petit, naturellement, la nécessité c’est imposée de prendre en charge nous-même l’organisation de concerts pour les groupes en tournée qui n’avaient donc plus trop d’endroit pour jouer à Bordeaux. Rapidement nous nous sommes aperçus que les lieux comme le Zoobizarre (vers lequel nous aurions pu nous tourner puisqu’il était, à priori, garant d’une tradition d’espace associatif consacré à la promotion d’une culture alternative indépendante), par son mode de fonctionnement institutionnel, procédurier et hiérarchisé, assorti d’une volonté de consensus, n’avait pas du tout vocation à accueillir nos méthodes informelles, légères et approximatives. Alors les espaces vraiment ouverts se sont révélés être pour nous le local universel, l’athénée libertaire, puis la centrale.
Constatant de plus en plus les différences fondamentales qui nous séparent d’un milieu « rock » basé sur le spectacle, la frime et la mode, nous nous retrouvons à plusieurs, animés d’ « ambitions » souvent différentes, mais dont l’envie principale est de construire des choses simplement, dans un cadre où des valeurs que l’on juge positives sont viables, où l’on souhaite avant tout partager l’état de nos connaissances sur la manière de les faire vivre.
Actuellement, ce que représentent les potagers, c’est un ensemble variable de personnes impliquées de diverses manières dans ces quelques activités, que ce soit pour préparer à manger un soir de concert, mettre en format jpeg une affiche, téléphoner à un groupe pour lui indiquer l’adresse du concert, faire un virement de compte en banque pour un pressage de disque, répéter à Boogaloo ou s’occuper de la buvette pendant une projection. Tout ça sans le sentiment d’appartenir à une structure, mais plutôt à une bande affinitaire, surtout en terme d’amitié et de goût pour la contre-culture et ce qu’elle propose d’émouvant, de sincère et de spontané.
La contre-culture c’est un réflexe de survie dans un environnement agressif, idiot et obscène. A Bordeaux la contre-culture, c’est presque trop facile, tellement la culture est inexistante et ridicule. La misère culturelle, je parle de la culture institutionnelle, est vraiment affligeante. A partir de là, organiser le moindre petit évènement en marge du CAPC ou du cinéma Jean Vigo, c’est en soit déjà de la contre-culture. Le pendant de ce désert culturel, auquel s’ajoute une gestion de la ville par une bourgeoisie de droite depuis presque un siècle, est la timidité du milieu alternatif. Disons que c’est pas tout à fait vrai, car au niveau de la musique la ville comporte une forte tradition de productivité et d’inventivité. Mais pour ce qui est d’y donner un sens, d’aborder les aspects critiques, d’y coller un contexte social, etc etc, le moins qu’on puisse dire c’est que ça reste extrêmement limité, voire inconsistant. En fait, le milieu rock, et même punk à Bordeaux, est complètement décontextualisé de son cadre social. Tous les acteurs s’y retrouvent en représentation, avec un système de comportements, d’attitudes et de références fixes. Du coup, ça donne envie de tout bousculer, de sortir de la léthargie ambiante, pour montrer qu’avec quelques trucs pas difficiles à mettre en œuvre, un minimum de réflexion et quelques idées, on peut faire beaucoup de choses. A ce titre, je pense qu’on aimerait bien contribuer à la mise en place d’un dynamisme contre-culturel qui aurait une vraie dimension alternative, et porteuse d’un sens qui dépasse les préoccupations dérisoires de style. Quant à l’impact, c’est un problème qu’on évoque hyper souvent, comment sortir du ghetto que génèrent toutes ces activités dont la lecture n’est pas toujours facile pour les personnes qui ne sont pas familiarisées avec nos manières de communiquer, avec nos valeurs, ni même avec nos idées. Mais aussi, c’est logique de ne pas drainer des milliers de gens, on ne communique pas de manière industrielle, et la qualité d’un réseau ne se juge pas par sa capacité à intégrer une masse incroyable d’individus. Je pense qu’à l’échelle d’une ville, nos activités ont quand même une certaine visibilité, même si ça ne concerne pas beaucoup de monde. Mais d'un autre côté on peut pas dire qu’on ait fait naître une quelconque émulation contre-culturelle à Bordeaux. Ce sont à peu prés toujours les mêmes personnes qui organisent des concerts, où les gens viennent pour passer un bon moment, boire un coup, discuter et rentrer chez eux. Quand tu fais ça pendant des années, c’est comme un constat d’inutilité et d’impuissance : ce qu'on fait est bien chouette esthétiquement, mais finalement de portée limitée.
Je pense qu’on ne peut pas parler vraiment de scène, au sens qu’on est très proche de pleins de gens qui évoluent dans des espaces très différents, avec des formes d’expressions et d’esthétismes variées. Nous avons quelques points communs avec le milieu « punk DIY », c’est une source d’inspiration pour les modes de fonctionnement originaux qu’il comporte. Nous nous sommes familiarisés avec ce réseau petit à petit, au gré des rencontres, et puis par attrait pour la musique qu’il véhicule. Maintenant nous déposons régulièrement nos disques dans les distros punks, nous jouons souvent dans les contextes punks, et sur Bordeaux nous nous sentons assez proches des acteurs de cette scène. Tout d’abord par des relations d’amitiés, mais aussi par la prise de conscience d’avoir des préoccupations communes qu’on aimerait résoudre de la même manière. Pour revenir à ce qui nous plaît dans le punk DIY, c’est l’autonomie, le dynamisme qui, à priori, anime ce milieu, son côté très « dégourdi ». Une grande partie de notre démarche est spontanée (tel que faire soi-même les disques et les vendre à prix coûtant), le punk DIY apparaît comme un espace où nous retrouvons les mêmes pratiques, mais agrémentées de pleins d’autres inventions et d’une dimension parfois plus affirmée. L’aspect politique très présent dans cette scène, a été aussi pour nous une sorte de réponse à un certain flou que nous avions à ce propos à un moment. C’est-à-dire, le rapport entre l’art, la politique, la poésie etc etc. Finalement, le punk DIY apparaît comme un laboratoire d’expérimentations où l’on puise plein de petites inventions, pour ensuite les refonder dans notre système.
Le fait de dire que c’est « alternatif » est déjà un positionnement, d’ordre politique, dans l’espace culturel. Ca veut dire qu’on a choisi un certain mode de fonctionnement, un certain rapport à la musique, aux lieux, aux personnes, qui s’oppose aux valeurs dominantes. Ce nouveau système, c’est nous qui le fabriquons, c’est nous qui le faisons évoluer, les gens qui jouent de la musique, aussi bien que les gens qui l’écoutent. Si on fait un nouveau système, ce n’est pas pour y reproduire les mêmes conditionnements, ni les mêmes perversions que l’on fuit par ailleurs. Un aspect de ces conditionnements est de nier le contexte politique de la musique, et par extension de toute activité sociale. Cette inculture est significative de ce qui se produit à l’échelle de notre société, où on incite les gens a ne pas considérer d’un point de vue politique ce qui régit leur environnement. Le manque de connaissances, et de curiosité, associés à ces conditionnements très forts qu’exacerbe la somnolence qui caractérise les petites villes, conduisent à des blocages catastrophiques qui s’expriment par une incapacité à faire des choix politiques en les assumant, à critiquer ce qui est critiquable, à faire valoir des avis tranchés, à réagir avec efficacité à des agressions. Pour prendre des exemples concrets à Bordeaux, les gens qui traînent dans le milieu alternatif, et malgré qu’on devrait s’attendre à y rencontrer des personnalités plus aptes à réagir contrairement à des milieux plus « endormis », revendiquent rarement des exigences éthiques, et du bout des lèvres. C’est comme si on était arrivé à nous inculquer une mentalité où la critique n’est pas perçue comme une démarche gratifiante, mais comme un truc de snob ou de bourgeoisie intellectuelle. L’emprise du système qui nous domine est donc perceptible, dans l’incapacité des gens qui s’y opposent, à se juger assez pour améliorer un système alternatif, qui deviendrait par conséquent plus efficace et plus sain. C’est vrai aussi pour le milieu du punk DIY bordelais, où c’est encore plus flagrant puisque au symbolisme exacerbé de l’opposition (vêtements, iconographie, sonorités), est associé un pragmatisme politique limité, immobile et très peu ingénieux. Quelque soit le style de musique, c’est radical, voire extrémiste, d’exprimer clairement ses idées à propos du fonctionnement de certains labels, groupes ou salles de concerts. Bordeaux est comme une grande famille, où l’on souhaite préserver les membres en évitant les sujets qui fâchent, les sujets « sérieux ». La plupart des gens sont incapables d’assimiler que la critique d’une activité, même la critique la plus dure, n’implique pas forcément la critique des individus eux-mêmes. Ce tabou a pour conséquence de rendre les situations statiques, interminablement répétitives et ennuyeuses. On critique vaguement Barbey pour sa promotion subventionnée d’une culture malsaine, on évoque mollement le label Exutoire pour son approche capitaliste et réductrice du hardcore, on reproche doucement à Odette les « apéros concerts » qu’ils font gratuitement dans la cafète pourrie de Barbey, et même entre nous, l’évocation de notre confinement à des activités bourgeoises sans passerelles avec d’autres gens qui nous ressemblent beaucoup moins, est timide et sans efficacité. Alors que rien ne nous empêche de proposer des choses, mais aussi de critiquer celles qu’on juge menaçantes ou contraires à nos valeurs, puisqu’elles décrédibilisent nos efforts pour construire des environnements sains et positifs. Lorsque l’athénée libertaire reçoit les m’as-tu-vu bordelais dans des simulacres de musique contestataire, dont ils effacent tout le sens passionnant de l’engagement des idées associé à la spontanéité d’une création gratuite et authentique, en spectacularisant de manière folklorique un espace auquel on attache une dimension qui dépasse celle de la simple salle dévolue au rock, il est légitime d’y trouver de l’incohérence, du dysfonctionnement, et d’y voir reproduites les mêmes mystifications qu’à grande échelle dans la culture démagogique qu’imposent les mass-medias.
La musique c’est de la politique, au même titre que travailler ou bouffer c’est de la politique, sans pour autant devoir y coller un sens dramatique et sinistre. Plutôt que de collectionner interminablement des disques, des concerts, des fanzines ou des badges, n’est-il pas plus séduisant de mettre en place des réseaux ambitieux et passionnants, où chacun peut retrouver des outils pour se défendre, avec de l’art et de la poésie dans la vie, des inventions et des dérives expérimentales, chez nous, dans nos mornes villes, où les valeurs dominantes confinent à fermer sa gueule, et à se répéter tristement sans faire chier le voisin, et avec la classe si possible ?
e.

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[mai 2003]

Folklore n.m. (angl. folk, peuple, et lore, science). Manifestation d’un pittoresque superficiel. (Petit Larousse).

Notre musique est d’abord populaire par opposition à savante (absence d’enseignement, apprentissage autodidacte...). Elle s’exprime dans un espace informel en offrant une alternative à la culture dite officielle (donc déclarée, donc légale). Cet espace aux connotations libertaires est à notre avis actuellement le seul qui puisse satisfaire l’ensemble des valeurs qui nous sont propre : organisations spontanées, rapports non marchands, volontarisme, équité, autocritique, non aliénation... Concrètement, il s’agit de créer ses propres initiatives de manière indépendante sans rien demander à personne et sans en exiger le droit (organisation de concerts, éditions de disques, projections de film, distribution de produits culturels…). Cette marginalité, tout en étant de fait hors-la-loi, n’en demeure pas moins légitime et vitale. Nous exigeons qu’à défaut d’être autorisée elle puisse être tolérée.

Cette forme d’agitation locale s’inscrit comme alternative, mais aussi comme opposition radicale à la culture dominante officielle. Rien ne nous empêche en effet d’apporter un jugement critique (un droit de regard) sur cette forme de culture que l’on s’habitue à voir médiocre. Au niveau local à Bordeaux, l’exemple évident est celui du complexe de musiques amplifiées du Théâtre Barbey. Une vision archaïque de la musique rock populaire doublée de l’omniprésence de mauvais goût : d’abord dans les choix esthétiques catastrophiques de la programmation, et ensuite dans la triste froideur uniforme des locaux. Ces gens que l’escroquerie culturelle de la presse bourgeoise ne choque pas devraient susciter l’indignation plus que l’indifférence. Ce milieu institutionnel se complait dans une imagerie d’Epinal du rock : culte de l’artiste, stars du rock, valorisation du spectacle, orgies de matériel de sonorisation… La culture des professionnels ne sert dans ces conditions qu’à promouvoir une idéologie dominante, basée sur le commerce, le profit et la hiérarchie. Il est normal que l’on exige de cet espace subventionné des choix sains, objectifs et de qualité.

Cette vision réductrice de la musique se retrouve aussi parmi des gens qui revendiquent leur appartenance à un réseau alternatif. Affichant une adhésion de circonstance, ils refusent la dimension politique des réseaux qui se constituent en ne retenant que l’aspect frivole et superficiel (attitude hardcore, éloge de l’apparence) et contribuent à transformer un espace subversif en folklore. Ce qui ne les empêche pas de se caractériser punks et indépendants. Il ne suffit pas de fréquenter un milieu qui propose des modes de fonctionnement différents et des évènements originaux, mais d’essayer en plus d’y apporter un jugement critique réaliste et constructif pour contribuer à sa vitalité.

La santé d’un milieu réellement alternatif dépend beaucoup de la réactivité des gens que l’on y rencontre. Aller à un concert et payer une entrée est une forme de participation et de soutient, au même titre que l’achat des disques ou le respect des lieux… Cette implication sert à maintenir en vie des structures qui se caractérisent aussi par leur précarité. La vitalité de ces espaces dépend du répondant que l’on y trouve, et notamment du renouvellement des personnes engagées. C’est un constat d’échec si ce sont toujours les mêmes qui prennent des initiatives car une tension créative ne peut se maintenir sans la diversité et l’émulation.

Tout environnement possède sa part de bien être et de plaisir, mais aussi sa part d’agression et d’oppression. La dégradation et l’aspect déprimant du milieu urbain contemporain, ainsi que de son contexte sociopolitique, agissent de manière prépondérante sur les gens. Le poids des conditionnements nous incite souvent au mutisme au lieu de réagir par rapport à ce qui nous entoure, d’exprimer sa volonté de plaisir ou de révolte, de prendre possession des choix de vie en y réfléchissant. Une démarche volontaire de création représente alors un espoir d’affranchissement, par l’esthétisme et l’énergie d’abord (festifs et/ou combatifs), mais aussi par le système de valeurs que l’on souhaite lui appliquer. Ces convictions positives et idéalistes sont communes à beaucoup de personnes, se sont seulement les prismes à travers lesquels ces valeurs sont matérialisées qui sont différents. Dans ce sens, la musique peut être assimilée à un de ces prismes (comme peuvent l’être le cinéma, les regroupements associatifs…).

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[2001]

La culture est noyautée par les réacs. La jeunesse (puisque à priori c'est elle qui a le temps de s'en occuper) ne sait pas critiquer et réagir en sanctionnant les imposteurs. Ce n'est pas une théorie du complot mais un constat sur la situation déplorable d'un art et d'un outil d'attaque récupérés par le consensus. Ce consensus qui est entretenu par les faux jeunes et des vieux pourris que leur inculture fourvoie dans des activités stériles. Toutes les personnes intéressées par la musique, dans tous ses styles, devraient se sentir concernées et sensibles aux sens des valeurs que veulent imposer les salles de spectacles, les médias et les distributeurs de disques. On peut trouver un sens bourgeois à cette révolte luxueuse, la trouvant insolente et irrespectueuse vis à vis des gens associés à la vraie misère, dans la survie ou la menace quotidienne. Mais la bêtise et l'ignorance, si dans l'art elle ne génère finalement que l'anéantissement d'un système d'expression parmi d'autres, se répercutent nécessairement sur autrui directement dans la société. Et la musique devient un outil, cohérent au même titre que la dissidence intellectuelle et associative ou politique et sociale, pour s'ériger en porte-à-faux d'un ordre trop bien agencé par rapport à ce qu'il vaut.

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