Contribution à un réseau alternatif dans Paris

   

 

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(m-à-j 22 juillet 08)

 

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Bonjour, ci-dessous le calendrier, et plus bas un peu de texte en construction...

Prochain concert MERCREDI 10 SEPTEMBRE
(le lieu reste à déterminer) 

AUSTIN TOWNSEND (Holl/Fra/Buenos Aires) retour à Paris d'Austin accompagné à la contrebasse et au banjo des deux frères de Radikal Satan. Ce vieux briscard néo-zélandais installé en France chante un blues profond et grinçant en s'appuyant sur de curieuses broderies à la guitare acoustique. Le premier Lp, très beau, est écoutable via le catalogue Les Potagers Natures. Le concert qu'ils avaient fait l'année dernière au Bon Accueil était vraiment super.

+ orchestre REBETIKO(93) musique tradionnelle grecque.
Le rebétiko est une forme de musique populaire grecque apparue dans les années 1920. Au départ mouvement des bas-fonds, il finit au fil des décennies par toucher toutes les couches de la société. Les chants dits rébétika sont une des créations les plus originales et les plus spécifiques de la culture grecque moderne. Comme le blues en son temps, ils disent le cri des marginaux, des consommateurs de hashish, la plainte des esseulés et des laissés pour compte suite au rapatriement des Grecs d'Asie mineure en 1922. [site WIKIPEDIA]


SAMEDI 13 SEPTEMBRE
@ bar PIXI 82 av. de la République, Bagnolet. M°Gallieni ou Robespierre, 19h30, 4 €
 

PUTTIN'' ON THE RITZ (Brooklyn, USA) duo impro expérimental-lounge batterie / chant, c'est le batteur complètement désarticulé et dingue de Talibam! et Storm And Stress accompagnant une voix blues kitsch, et interprétant librement Girl From Ipanema.

SALMIGONDIS (Paris) psyche free rock


SAMEDI 20 SEPTEMBRE
(lieu à confirmer)
 

ZUNZUNEGUI (UK) tropical expérimental zouk


JEUDI 02 OCTOBRE
@ bar PIXI 82 av. de la République, Bagnolet. M°Gallieni ou Robespierre, 19h30, 4 €

DURE MERE (Montpellier) + AGRIPON (Paris/Buenos Aires)
+ MILLE FILLES (Paris) + ZARAZ WAM ZAGRAM (Paris)


SAMEDI 25 OCTOBRE
@ Instants Chavirés, 20h30, rue Richard Lenoir, Montreuil, M° Robespierre, 4 €

DUDU GEVA (Rouen) + FRANCE SAUVAGE (Rennes) + MR LABRADOR (Rennes)


MERCREDI 19 NOVEMBRE
(à confirmer)
DEATH SENTENCE, PANDA ! (USA, San Francisco)


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Voilà, nous n’avons rien de prévu pour les semaines qui viennent. C’est l’occasion pour faire un petit point (chapitré pour sauter les passages dont on ne connait que trop bien le contenu), et pour rompre la stérilité angoissante d'un site internet ne proposant que des listes de concerts, des dates, des mp3, des promotions de groupes et de disques, comme si ça ne tenait qu'à ça ce qu'on fait : des concerts, des tournées, des albums, des concerts, des tournées, des albums... un silence qui fait écho à la réticence toujours omniprésente, et que trop sécurisante, à commenter par des mots ce que l'on fait et à revendiquer des prises de positions, au risque de faire preuve de maladresse et de mettre en avant des contradictions. On complètera au fur et à mesure, jusqu'à qu'on se remotive à organiser des trucs....

Misère de l'organisation : myspace et climat actuel [m-à-j juillet 2008]
Organiser des concerts, la pratique
Essayer de contribuer à l’existence d’une « contre-culture »
Le problème du choix des lieux

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Misère de l'organisation : myspace et climat actuel. [ version juillet 2008]

La situation actuelle nous rend quelque peu perplexes. La quantité de groupes qui tournent en France et à l’étranger est devenue exorbitante. Une origine évidente de cette évolution est l’utilisation de l’interface « myspace » qui rend tout plus facile. La présentation de soi, la recherche des dates, la communication, sont autant d’aspects d’un groupe que ce site propose de synthétiser efficacement. Nous qui sommes plutôt partisans des réseaux constitués de bouche à oreille, avec l’affectif, les rencontres et les ramifications naturelles et progressives, voilà que tout se mélange et se standardise.

Peu d’utilisateurs se posent réellement des questions sur le mode de fonctionnement de myspace, beaucoup se satisfont d’un « c’est quand même plus facile », « ça ou autre chose », « que peut-on y faire ». Résultat, une majorité écrasante de groupes s’appuie sur ce CV préfabriqué, qu’ils soient plus ou moins engagés politiquement, « indés », marginaux, ou alternatifs, amateurs ou professionnels. Cet engouement sans faille est angoissant. D’autant plus que l’utilisation (souvent exclusive) de myspace engendre plus qu’une manière particulière de structurer un réseau ou d’influer sur nos manières de fonctionner : l’interface myspace inscrit ses utilisateurs dans une logique de simple autopromotion spectaculaire, où l’on ne parle que de soi et de ses amis (s’ils sont utiles), de ses tournées, de ses productions discographiques, de ses interviews, des critiques de « goût »…

Dans ce qui, à force, correspond à une décontextualisation totale du milieu de la musique (tout se vaut, tout se confond, toutes les manières de fonctionner se ressemblent), la possibilité même d’un parti pris s'efface, disparaît. Surtout pour les protagonistes d'une scène de musique a priori alternative (ou en tout cas informelle) à cheval dans certains cas avec une professionnalisation qui s'accomode bien de cette absence de parti pris, tel un nième avatar de la pensée dite libérale, ennemie déclarée du politiquement correct qui effraye (il aurait beaucoup à dire sur cette notion de "politiquement correct" qui, sous prétexte d'être moralisateur et rétrograde, est un épouvantail régulièrement mis en avant pour escamoter le débat).

Quels sont les enjeux d’une telle évolution ? Dans notre milieu, qui est celui de l’amateurisme « artistique » où l’on essaye la mise en place d’une éthique qui puisse définir la dimension alternative de nos pratiques, le vague est total. Et ce que suggère l’utilisation d’une interface telle que myspace (ce registre de la présentation de soi, ce souci de la communication efficace, cette compromission dans l’artificialité des réseaux), se traduit insidieusement dans beaucoup de cas par une approche décomplexée de la musique à la dimension exclusivement artistique : dénuée de tout autre contexte, l apratique artistique est associée à des démarches et des exigences de fonctionnement expurgées de toute dimension politique. Concrètement, tout est sacrifié à la musique, comme si l’objet artistique se situerait dans un au-dessus inexpugnable et hors de toute corruption. Que connait-on des gens, à part qu'il cherchent des dates, qu'ils se présentent à travers les chroniques et les concerts "mémoriaux", qu'ils s'agrémentent de "tourneurs" à l'occasion, qu'ils enchaînent à la mode stakhanoviste américaine des dizaines de dates, qu'ils sortiront bientôt un disque, que tout est fun ?

Lorsqu’un tourneur s’adresse à nous pour organiser un concert, on l'accueille avec suspicion. Surtout qu’on sait (comme il nous est arrivé encore récemment) qu’il s’adresse aussi bien à des structures institutionnelles (qu'elles soient idéologiquement ancrées dans un consensus commercial comme le Point Ephémère à Paris, ou dans un registre plus "contre-culturel" comme les Instants Chavirés à Montreuil), qu’à nous.

D’où vient donc cette duplicité : de l’hypocrisie, de la méconnaissance, ou du cynisme ? On a envie de dire qu’une grande partie des groupes en tournée actuellement (qu'ils soient inscrits ou non sur myspace) ne sont que très peu regardants en ce qui concerne l’endroit où ils jouent et comment ça se passe. L’ « outil » myspace n’est peut-être qu’anecdotique, il n'est sans doute qu'un symptôme. Mais son utilisation massive et sans réserve balise le niveau d’engagement extra-artistique que l’on connaît actuellement et révèle les limites de l'implicite dans le contenu des pratiques artistiques.

Organiser des concerts, la pratique.

Depuis 5 ans que l’on organise des concerts à Paris, certaines choses ont changé (pour le meilleur et pour le pire), d’autres pas. Notre fonctionnement est toujours le même : on organise des concerts dans des squats, des bars, des locaux associatifs, voire des librairies, en faisant une entrée payante (4 ou 5 euros, rarement plus, parfois sur donation). Tout le fric sert à rembourser les frais d’organisation (repas, boisson pour les groupes, entretien de la sono, rudimentaire mais qui s’use), et la plus grande partie est reversée aux groupes. Généralement on essaye de filer minimum 150 € à un groupe en tournée, 100 € si c’est un solo, et puis un petit truc symbolique au groupe local (style 15 €). Ce sont les seules dépenses, on loge tout le monde chez nous. S’il y a beaucoup de gens, on peut constituer une petite réserve, histoire d’avoir de la marge pour les jours de vaches maigres. Depuis 2 ans nous avons notre propre système sono ce qui nous a carrément simplifié la vie. Par contre c’est toujours aussi difficile de trouver des lieux disponibles. C’est souvent la partie la plus ingrate de la mise en place d’un concert : chercher le lieu où ça se fera. Ce qui a changé aussi, c’est qu’il y a beaucoup plus de groupes en tournée, et donc de propositions de concerts… et que pour la grande majorité d’entre eux, la vitrine myspace sur internet est le moyen standard sur lequel ils s’appuient pour communiquer rapidement et efficacement (mais ça, on y reviendra plus tard). Les contraintes horaires sont devenues petit à petit drastiques, il est maintenant super rare de pouvoir jouer tard. La plupart des lieux exigent la fin des concerts à 22h, ou même à 21h30. Les plaintes de voisinage sont courantes, et l’intervention des flics toujours menaçante. Les concerts doivent débuter de plus en plus tôt, ce qui est problématique quand on bosse et qu’on doit se libérer dans l’après-midi, que les groupes viennent de loin et doivent faire une balance, que le public n’a pas forcément la possibilité en semaine d’arriver tôt. Le concert prend souvent l’aspect d’un apéro fulgurant, où tout est compacté entre 18h30 et 22h, balances et repas compris, sous la pression anxieuse du moindre glissement horaire. L’obsession disciplinaire se traduit alors par une soumission progressive à des rythmes qu’on n’a pas choisi. Revendiquer ces moments en les occupant par des manifestations apparemment si dérangeantes devient un défi.

Essayer de contribuer à l’existence d’une « contre-culture ».

Dès le début nous avons inscrit notre action comme une contribution à l’existence d’un milieu alternatif à Paris (que nous ne sommes heureusement pas les seuls à faire vivre). Ce qui ne veut pas dire qu’il s’agisse de mettre en place un réseau parallèle où sont reproduites à une petite échelle les mêmes tendances que dans la culture dominante (là on parle de notre domaine de prédilection, celui qui touche à une forme de culture populaire, qui se différencie quasiment toujours, d’une part de la musique de masse, et d’autre part de la musique dite « savante »). Ces tendances sont pour nous la spectacularisation des activités liées à la musique, leur décontextualisation socio-politique, l’omniprésence de la dimension mercantile avec la publicité et la promotion qui en découlent, l’absence totale de critique intellectuelle et d’analyse. L’alternative, en tant que contre-culturelle (on passe sur la connotation historique années 60 de ce mot), est évidente quand on compare la plupart des fonctionnements institutionnels (les salles du réseau Ferarock par exemple) ou privés (le Nouveau Casino ou le Point Ephémère par exemple), avec ce qui est fait dans nos cadres informels. Le relationnel est différent, les ambiances sont différentes, les objectifs sont différents, les moyens sont différents. C’est d’une certaine manière assez jubilatoire et rassurant de pouvoir spontanément participer à une activité artistique, dotée d’une dimension politique, en dehors de nos boulots respectifs plus ou moins contraignants, dans un cadre qu’on décide nous-même, à notre manière, et que personne ne nous a demandé de faire. Si ces procédés n’ont rien de révolutionnaire (la révolution, dans un refus radical de la société telle qu’elle est, devrait conduire à une séparation totale), il n’empêche qu’ils s’opposent franchement au consensus idéologique qui nous entoure, et qu’on se refuse d’intérioriser.


Le problème du choix des lieux

L’idéal serait de gérer un lieu à nous. Malheureusement, nous n’y sommes jamais arrivé : loyers trop chers à Paris, pas d’opportunité, pas de temps, pas d’émulation, bref. Du coup, on doit à chaque fois chercher un lieu. Parmi ceux qu’on préfère, il y a le squat (par exemple La Miroiterie). C’est un espace à la dimension politique évidente, assez permissif, et à l’esthétique affranchie de l’hygiénisme ordinaire. Ce sont les seuls endroits où le temps d’une soirée nous nous sentons responsables d’un lieu, où les relations de confiance installées le temps d’un soir ne sont pas à but lucratif.
Ce qui est par contre le cas du bar qui nous accueille, puisque nos activités lui permettent directement d’améliorer son commerce. C’est souvent avec réticence qu’on en vient à organiser un concert dans un bar, même si c’est un type de lieu qu’on apprécie par ailleurs et qu’on a l’habitude de beaucoup fréquenter. C’est lier en quelque sorte nos initiatives à une activité commerciale, ce qui ne peut qu’être contradictoire. N’empêche qu’en faisant du cas par cas, on rencontre des bars très accueillants et amicaux (comme le Bon Accueil par exemple).
Tant que ces lieux neutres ne prétendent pas à une programmation, les divers évènements qui s’y passent sont déconnectés les uns des autres, et l’organisation d’un concert ne cautionne pas une tendance particulière. Dans ce cas on reste dans le registre de l’informel, où un patron cède sa cave au premier venu sous réserve d’avoir un bon contact avec lui.
Par contre, un bar (ou une salle) à programmation, suggère qu’il est partie prenante du milieu musical à Paris. Organiser des concerts dans cet endroit reviendrait à le rendre légitime, et à approuver le type de musique qui y passe, ainsi que son mode de fonctionnement. Or il n'est que trop facile de tomber sur des endroits de ce type qui vont radicalement à l'encontre de nos conceptions ((le Gambetta, La Flèche d'Or par exemple).

[février-mars 2008]